Débat autour du sucre

Suite à la projection du documentaire
« J’arrête le sucre » réalisé par Anne Sophie Levy-Chambon

avec

Monsieur Ameth DIAGNE
Nutritionniste et doctorant à l’Université Cheikh Anta Diop
(Thèse sur la prévention de la contamination des aliments par les aflatoxines produites par les champignons Aspergillus par utilisation de la nanotechnologie)

En prélude à la projection, le marché bio dans la cour du Sobobadé, à Toubab Dialaw
Le public, venu en nombre, était captivé par le film, « J’arrête le sucre ».

A propos du sucre

 

S7Ameth Diagne : Il faut savoir que le sucre est un élément essentiel. La moitié des calories dans la journée est apportée par les sucres. Dans ces 50%, les deux tiers doivent être apportés par les sucres complexes (qui viennent par exemple des féculents). D’un autre côté, on a les glucides simples (présents dans les fruits, le fructose…), et le saccharose qui est le sucre blanc.

Or, selon l’OMS, ce sucre-là ne doit pas apporter plus de 10% des calories totales. Ce qui veut dire au maximum 50g par jour, soit 10 morceaux de sucre.

Les sucres ajoutés pendant la préparation des aliments ou le processus de fabrication, pour des raisons de goût ou technologiques, ne sont pas indispensables car l’organisme pourrait très bien fabriquer le glucose à partir de la digestion des aliments contenant naturellement des sucres. On trouve ces sucres ajoutés par exemple dans les sodas, les boissons sucrées, les pâtisseries, les desserts sucrés mais aussi dans les aliments salés.

Aujourd’hui, la surconsommation de sucre est en voie de devenir un des principaux problèmes de santé publique. De plus en plus, le diabète, l’obésité et les maladies cardiovasculaires sont très souvent des conséquences directes des troubles métaboliques provoqués par un excès de sucre dans l’alimentation.

Réactions du public :

– On constate beaucoup de cas de diabète au Sénégal. Pourquoi pas entamer une campagne de sensibilisation dès l’école ? L’addiction au sucre est une question d’habitude à prendre dès l‘enfance.
– Il faut rappeler de la difficulté d’arrêter le sucre évoqué dans le film vu précédemment, surtout pour les enfants conditionnés par l’ambiance à l’école ou avec ses amis.

 

diagne3Ameth Diagne : Au Sénégal, le diabète est en constante augmentation notamment chez les jeunes. Le changement de comportement de vie entraîne une modification des habitudes alimentaires. Une alimentation inadéquate, excès de sucre et de gras, associée à la sédentarité exposent les jeunes au diabète. Il peut y avoir aussi des causes génétiques. Mais même dans ce cas, l’expression des gênes responsables peut être conditionné par l’alimentation de la personne.

Réactions du public :

– Au Sénégal il y a une sensibilisation, mais insuffisante. Les gens voient bien les problèmes, les jeunes de 30 ans qui font des AVC ! Ils savent que c’est dû à la surconsommation de sucre.
– Ici, on mange beaucoup moins de sucre qu’en Europe. Le thé, le café Touba, sont les seuls apports de sucre. En Europe on mange du sucre tout le temps !

 

sucre2Ameth Diagne : Il n’y a pas assez de sensibilisation au Sénégal. Malheureusement, le sucre est présent dans toute la chaîne de production et les industriels utilisent de plus en plus le fructose comme le sirop de maïs dans leurs préparations, ce qui est dangereux. En effet, la surexposition de notre organisme au fructose peut entraîner des désordres physiologiques. Premièrement, parce que l’excès de fructose peut entrainer une forte production d’acide urique toxique pour l’organisme et deuxièmement, le fructose serait plus facilement transformé en graisse dans l’organisme que l’est le glucose. Il est ainsi nécessaire d’améliorer la connaissance nutritionnelle de la population et de l’inciter à faire des choix favorables à la santé.

Réactions du public :

-Les industries ne se préoccupent pas de la santé des consommateurs ! Il y a des organismes de contrôle, mais est-ce que les gens connaissent bien les dangers de ces sucres ?
– Il faudrait des débats aussi en wolof sur ce problème du sucre et de l’huile qui touche toute la population.
-Malgré leurs faibles moyens, la plupart des gens au Sénégal dépensent beaucoup en huile et en sucre. Après, ils sont malades !
-Les habitudes alimentaires locales étaient adaptées à une activité physique soutenue (pêche, chasse, agriculture), pas adaptées à la sédentarité, et cela provoque entre autre l’obésité. (témoignage d’un médecin)
-Quelle est vraiment la différence entre sucre roux et sucre raffiné ? Au Sénégal on ne nous donne pas vraiment le choix, on ne trouve que du sucre blanc produit localement. Le sucre roux est importé et beaucoup plus cher. J’ai entendu dire que le sucre raffiné est plus nocif.

 

diagne3Ameth Diagne : Des aliments dont l’index glycémique est faible comme les légumes secs, les légumineuses et les produits céréaliers complets. Nous devons ainsi promouvoir une production agricole diversifiée pour répondre aux besoins de la population et faire attention aux produits importés. Des études ont démontré par exemple que quand le riz est conservé plus de 6 mois il perd presque toutes ses qualités nutritionnelles. Cela peut être le cas de certains riz importés. Ici on a un problème avec le riz. On consomme du mauvais riz trop longtemps stocké et pauvre d’éléments nutritifs.
Pour réduire son apport en sucre, le meilleur moyen demeure de se tenir aussi loin que possible des produits industriels et de cuisiner soi-même ses repas.
Et surtout éviter les boissons gazeuses. Il faut privilégier les jus locaux tels que le jus de bissap, car, au moins, il y a une valeur nutritionnelle ajoutée contrairement à ces boissons gazeuses.

-Nous sommes confrontés au problème de l’occidentalisation de notre alimentation. C’est en retrouvant harmonie avec la nature qu’on trouvera l’issue, consommer local.

 

Ameth Diagne : Il est vrai que ce sont les occidentaux qui nous ont en quelque sorte imposé le riz depuis la colonisation. Le riz est devenu de plus en plus important dans l’alimentation des sénégalais. Il a ainsi bouleversé les habitudes alimentaires qui étaient à base de céréales locales comme le mil, le sorgho et le maïs. L’alimentation monotone n’est pas bonne pour la santé et l’état nutritionnel. Il faut la diversifier.

-C’est le cas partout dans le monde. On cherche tous à retrouver de bonnes pratiques pour aller de l’avant.

 

Propos recueillis par Laure Malécot
Au Sobobadé, Toubab Dialaw, Sénégal.
06 novembre 2016

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