La guerre des graines

Débat suivant la projection du film « La guerre des graines »
Résumé centré sur la situation des semences  Sénégal

La Guerre des graines

 

grainesMarianne Poirot
Association SOL (Inde, Afrique de l’Ouest, France)
L’association SOL travaille à développer l’autonomie des paysans, donc en lien avec la souveraineté alimentaire et financière qui passe pour nous par l’agro écologie. Dans les droits des paysans il y a aussi le droit aux semences, les droits à la terre, etc, aspects sur lesquels nous travaillons, toujours en partenariat avec des associations locales. Nous les appuyons sur leurs projets de terrain dans les pays dont ils sont originaires et portons leurs plaidoyers dans leurs pays et en France, avec une sensibilisation à tous les niveaux. La plupart de nos partenaires sont en Inde, dont un partenaire historique, Vandana Shiva, dont nous sommes un des principaux partenaires en France, et la ferme de son association Navdanya, sur laquelle nous travaillons. Le film « la Guerre des Graines » a parlé de son conservatoire de semences.  Il y a dans cette ferme une banque de semences, centrale, qui fonctionne aussi avec plein de petites banques de semences locales, via des groupements de paysans formés par Navdanya que nous appuyions. Ce sont principalement des femmes. Navdanya est aussi féministe. Tous ces groupes de paysans que l’on voit repartir de la ferme de Navdanya avec des semences, dans le film, ont aussi pour mission de réapprovisionner des stocks locaux et d’échanger entre les régions. Notre installation au Sénégal est assez récente. Nous espérons faire intervenir Vandana Shiva un jour au Sénégal, où je pense qu’on est déjà sur un terrain dangereux.

graines2Les semences, c’est la base. Mais les semences OGM, hybrides, et, dans une moindre mesure, mais tout de même pour un bon nombre d’aspects, les semences « synthétiques » ou « améliorées », très diffusées au Sénégal, sont un danger à la fois en terme d’autonomie des paysans [rachat systématique, désappropriation], mais aussi de part leur système de production [méthodes de sélection et de production induisant le chimique, lobbys les contrôlant, etc.] ; elles sont une menace sanitaire [chimique, qualité nutritionnelle, etc.] et sur la biodiversité : par leur généralisation au détriment des semences/variétés traditionnelles qui disparaissent. Au Sénégal, nous avons mis en place un programme sur la valorisation des céréales locales et un programme d’agro écologie est en cours de définition.

Ici on a un climat difficile… Le compost doit être adapté aux ressources locales et une recherche sur les semences traditionnelles adaptées doit aussi être conduite. Nous voulons que tous les acteurs travaillent ensemble autour des différentes composantes de l’agro écologie : semences paysannes, agroforesterie, techniques de compostage adaptées au milieu,  gestion de l’eau et énergie, etc. C’est tout un système. En choisissant notre modèle d’alimentation, on choisit un modèle de société. J’ajouterais que quand on parle d’agro écologie et de semences paysannes on pense que c’est un vieux modèle pas productif, alors que ce n’est pas juste produire « à l’ancienne », il y a des expérimentations, adaptations, recherches qui soutiennent ce modèle, venant des paysans d’abord mais aussi de chercheurs et acteurs divers qui les soutiennent, et des études très documentées en démontrent la grande réussite [adaptation climatique, productivité, santé-nutrition, etc.].

graine4En 2016, SOL a fait éclore le projet « Microfermes Internationales » qui   a   pour  but  de  favoriser  l’innovation, l’expérimentation et l’appropriation par le plus grand nombre, de modèles d’agriculture viables,  vivables et reproductibles, en s’appuyant sur un réseau de petites structures agricoles en lien avec des fermes de formation centrales, actuellement en Inde, en France et à partir de 2017 au Sénégal …

Pour en savoir plus : www.solasso.fr

 

lamineLamine Mbiaye
Président de l’Association Sénégalaise de Producteurs de Semences Paysannes
Le constat de la situation au Sénégal est assez avancée. Officiellement on ne parle pas d’OGM, mais beaucoup d’aliments consommés au Sénégal sont issus des OGM, et proviennent d’Amérique Latine surtout, du Brésil, comme le maïs, le soja. Par-rapport à la politique globale de la sous-région il est aujourd’hui connu que dans les pays voisins, la culture programmée par des états comme le Burkina-Faso, il y a des poches aujourd’hui critiquées, plus proches des traditions. On s’organise, comme avec mon association, pour sensibiliser l’opinion et contre-attaquer. D’ailleurs c’est ce qui a poussé l’ASPSP des années 92, à mettre en place un comité producteur de semences paysannes, qui se rencontre trois fois dans l’année pour arriver à faire l’auto-police. Avec Enda Pronat, notre partenaire, en 2003 nous avons rencontré les chercheurs de la sous-région et avons pris connaissance de leur projet sur la nouvelle loi d’orientation. Dans la sous-région, cela a fait qu’on parle d’une politique commune de production de semences paysannes, ou une politique commune de semences dites certifiées. Dans une campagne sur deux,  au Sénégal, la couverture en semences certifiées est de 15%. Les semences certifiées rentrent dans une démarche de monopole, car une année sur deux elle ne produit pas, ce qui oblige à racheter de semences.

On peut trouver des graines potagères paysannes dans des structures comme la nôtre, au centre à Bayar. Le magasin est disponible. Il y a des personnes déjà formées dans la production et la conservation.

Le principe de produire une semence paysanne est dans un principe agro-écologique pur et dur. Pour la production, c’est autre chose. Les membres de l’ASPSP sont tenus d’obéir à des critères réglementaires. Nous travaillons sur l’amendement organique, avec des résidus ou des plantes fertilitaires. Il faudra travailler localement et globalement. On peut faire importer des espèces mais le mieux est de faire des recherches localement, voir s’il n’y a pas de espèces  à reproduire et échanger. Nous travaillons dans les deux schémas de semences dédiées à la consommation et des espèces forestières pour mettre a disposition des fermes des espèces endogènes.

Chaque graine à une technique propre de production, des outils, propres à chaque communauté. Nos états sont dans un goulot d’étranglement. Ils n’ont pas les moyens de leurs ambitions politiques, ni pour faire les recherches  Ce sont surtout les américains et l’Occident qui dictent ces lois-là. Les chercheurs quittent le continent. Il y a une question fondamentale qu’on n’arrive pas à voir en face. Les OGM ont crée un impact très fort sur la politique de nos états. Toutes les stations de recherche manquent de personnel.

 

VIDÉOS

 

 

LIENS

http://aspsp.over-blog.net
http://aspspsenegal.wixsite.com/aspsp-senegal

Propos recueillis le 05 novembre 2016,
au Théâtre Gérard Chenet de l’association Djarama, Toubab Dialaw
https://djaramart.wordpress.com

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