// EDITO

Le Festival Nio Far se veut un espace d’échange autour de la question de la citoyenneté, de la civilité et du «vivre ensemble». Cette réflexion aujourd’hui ne peut s’effectuer en feignant d’être amnésique et en oubliant que conscients ou non, nous sommes tous le fruit d’une histoire qui a assumé le fait colonial. Nous sommes nombreux, citoyens, artistes, intellectuels, à penser cette problématique et nous voulons présenter un florilège interdisciplinaire de nos constats, de nos questionnements, de nos expériences et de nos réponses. Le Festival Nio Far est un festival nomade et solidaire. Il se déroulera à Paris en juin 2017 et au Sénégal en novembre 2017. Pour sa 4ème édtion le festival Nio Far pose les questions suivantes :

Comment se sont construits les imaginaires post coloniaux ?
Comment continuent-ils de se construire aujourd’hui ?
Comment les déconstruire ?

Toutes ces questions sont abordées à travers l’art et la culture par le biais documentaires, débats, rencontres, performances, dans les domaines de la danse, du chant, du théâtre. La programmation a plusieurs objectifs:
La Visibilité des invisibles : L’histoire coloniale of ficielle a effacé, occulté, oublié des pans entiers d’histoire qu’il faut réhabiliter si on veut construire ensemble un autre monde. Cette amnésie et ce déni se perpétuent aujourd’hui. Aussi, cette année rendons nous hommage à : Cheick Anta Diop. Les invités : Françoise Vergès, Pascale Obolo, Jephthé Carmil entre autres.

Dénoncer des injustices occultées. Cette année nous diffuserons le documentaire « Citoyens de nulle part » de Nicolas Alexandre Tremblay. Le film raconte l’histoire de 250 000 haïtiens apatrides à Saint Domingue depuis 2014 dans l’indifférence générale.

Analyse critique de notre société contemporaine marquée par l’histoire coloniale. Cette année Françoise Vergés aura une carte blanche pour deux soirées, elle est par ailleurs la marraine de cette 4ème édition.

CARTE BLANCHE À FRANÇOISE VERGÈS

 

fvergesFrancoise Vergès est « Titulaire de la Chaire Global South(s) au Collège d’études mondiales, MSH de Paris Elle obtient une double licence summa cum laude en Science Politique et Études féminines à San Diego, puis un doctorat en Science Politique à l’Université de Berkeley, Californie (1995). Sa thèse Monsters and Revolutionaries. Colonial Family Romance est publiée par Duke University Press (1999). Depuis, elle a enseigné à Sussex University et au Goldsmiths College en Angleterre. Membre du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage en 2004 (Loi « Taubira » de 2001), elle en a été présidente de 2009 à 2012.
Entre 2007 et 2010, elle a travaillé à un projet de musée porté postcolonial pour le XXIe siècle. Elle a publié de nombreux ouvrages et articles en
français et en anglais sur les mémoires de l’esclavage, la psychiatrie coloniale, Frantz Fanon, Aimé Césaire, l’économie de prédation et la globalisation, le musée postcolonial, et les processus de créolisation dans les mondes de l’Océan indien.

Parmi ses dernières publications :Exposer l’esclavage : méthodologies et pratiques. Paris : Africultures, 2013 ; L’Homme prédateur. Ce que nous enseigne l’esclavage sur notre temps, Paris : Albin Michel, 2011.  Françoise Vergès est aussi l’auteur de films, « Aimé Césaire face aux révoltes du monde » (2013) et « Maryse Condé. Une voix singulière » (2011) et a été consultante sur plusieurs films. Commissaire indépendante, elle a notamment organisé au musée du Louvre les visites   «L’esclave au Louvre : une humanité invisible » en 2013 et 2013 et les expositions « Dix femmes puissantes » (2013) et « Haïti, effroi des oppresseurs, espoir des opprimés » (2014) pour le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes.

Françoise Vergès reste une militante de l’anti-racisme politique et du féminisme décolonial. Elle est membre de la MAFED et présidente de l’association «  Décoloniser les arts.»

 

«  En France nous n’avons toujours pas pris conscience du rôle de la traite négrière dans notre propre histoire. Tant que cela ne sera pas fait, l’enseignement demeurera marginal. On ne sait toujours pas à quel point la traite et l’esclavage ont transformé ce pays. Du fait de cette histoire, les Français ont pu commencer à fumer, à boire du café, à faire des robes en coton, à consommer du sucre. Des transformations majeures de la vie sociale, de la vie culturelle ont vu le jour. Cette époque a marqué le pays, son art, sa littérature… » Françoise Vergès.
Son dernier livre Le Ventre des femmes Capitalisme, racialisation, féminisme est en librairie depuis le 1er mars 2017